X Shore

Monaco: des yachts plus luxueux... et l'arrivée timide de l'électrique

September 30 2019

Avec 4 milliards de valeur exposée, le Monaco Yacht Show, salon annuel de la Principauté monégasque, attire les admirateurs de palais flottants. Certains naviguent déjà à lʼélectrique.

Nʼentre pas qui veut au Monaco Yacht Show de la Principauté: il faut débourser 300 € par personne pour apercevoir les 125 super-yachts alignés dans le Port Hercules. A ce prix-là, il nʼest même pas prévu de monter sur le pont de ces «villas flottantes», dont le prix moyen tourne autour de 27 millions dʼeuros: «Cʼest le plus grand salon au monde,

commente Eric Althaus, un Monégasque dʼorigine zurichoise, conseiller du prince Albert et CEO de Barnes Yacht, la branche nautique du leader de lʼimmobilier de prestige. Cette année, le marché est stable, mais lʼon ne sait pas ce qui nous attend demain».

Les ressortissants des pays arabes écoulent moins dʼor noir, les Russes et les Britanniques ont vu leurs monnaies plonger, les Allemands et les Scandinaves donnent dans le luxe discret. Bref, le marché nʼest pas facile et il faut négocier patiemment avant de tomber dʼaccord sur le prix. Souvent, il est moins cher de louer un bateau avec tout lʼéquipage que de lʼacheter. Il existe même des sites spécialisés, comme Yotha.com, une plate-forme numérique basée à Nice qui met à disposition 200 yachts de 50 à 90 m de long avec leur équipage.

Hélicoptères et oeuvres d'art

Mais avant de monter à bord, il faut négocier avec le vendeur et si possible se faire passer pour un acquéreur potentiel: «Bienvenue à bord!», lance finalement le gardien des lieux qui ouvre la passerelle du «Bintador», un yacht de 50m. Ce bateau hybride est propulsé par un moteur diesel capable de charger les batteries tout en naviguant: «Il a été construit sur le chantier naval Tankoa à Gênes, explique lʼun des neuf membres dʼéquipage. Le propriétaire est un riche Français qui possède son brevet dʼhélicoptère».

En effet sur le pont avant trône une machine volante qui permet de se rendre à terre par les airs dans les meilleurs délais. Cʼest la complémentarité des transports version luxe. Le design est italien. Madame en a supervisé lʼaménagement. On y trouve même des œuvres dʼart dans la cage dʼescaliers et la table de la salle à manger est prévue pour dix personnes,

soit un hôte par membre dʼéquipage. Acheter et entretenir un yacht nʼest pas tout, il faut encore assurer les salaires de lʼéquipage. Un capitaine de bateau de plaisance gagne 7 à 8'000 €, presque autant qu'un pilote dʼavion.

Location rime avec exonération

La tendance actuelle due aussi à la mégalomanie de certains propriétaires impose des yachts toujours plus longs. La moyenne est aujourdʼhui de 50 mètres. Lors du premier Monaco Yacht Show en 1991, la longueur moyenne était de 31 mètres. A côté du «Bintador» est amarré le «Syzygy 818», basé à Londres. Comme son nom lʼindique, il mesure près du double, soit près de 82m. Son design est néerlandais et sa forme révolutionnaire avec un large usage du verre.

Mais il nʼest de loin pas le plus long du marché, une catégorie où les émirs du Golfe tiennent la corde. Appartenant au cheikh Khalifa ben Zayed, lʼémir d'Abu Dhabi et fils du fondateur des Emirats Arabes Unis, lʼ«Azzam» mesure 180 m. Achevé en 2013, il a été conçu par le chantier Lürssen Yacht à Brême. Ce yacht à six étages a coûté la bagatelle de 560 millions de dollars. Il est propulsé par un moteur de 94'000 chevaux et peut atteindre la vitesse de 30 nœuds (55 km/h) avec des réservoirs dʼun million de litres de contenance.

Lʼ«Azzam» peut héberger 36 invités dans 18 suites princières et 60 membres d'équipage dans 30 cabines. Pour des raisons fiscales, le plus grand yacht privé du monde serait à louer, mais le prix de la location n'est pas communiqué. Tout comme lʼ«Eclipse» de lʼoligarque russe Roman Abramovitch, lʼastuce est destinée à éviter la fiscalité européenne, les yachts de location étant exonérés de l'impôt foncier! On ne prête quʼaux super-riches...

Place aux bateaux électriques

Des yachts glissant sur l'eau, sans bruit, sans vibrations, sans odeurs et sans dégagement de CO2, le bateau électrique cumule les atouts, mais

peine à décoller en raison du prix encore élevé et de contraintes techniques limitant son usage. Mais cʼest certain, il nʼy a pas de raison pour que le nautique ne suive pas le secteur automobile: «Cʼest toute la conception du bateau qui doit et peut être revue, analyse Maxime Ninio, architecte dʼintérieur monégasque dans le secteur nautique. Que ce soit le chauffage, la climatisation, la circulation dʼeau, la production dʼélectricité, etc. Mais cela a un coût et celui des batteries nʼest pas le moindre.»

Au Monaco Yacht Show, seuls trois bateaux en étaient pourvus, mais lʼun dʼeux a connu des incidents mécaniques qui ont empêché les démonstrations. Un litre de diesel équivaut à 25 kg de batterie au lithium. Le bateau électrique se développe plus facilement dans le fluvial, où il est plus facile de trouver des bornes de chargement. A Monaco, le chantier suédois X Shore présente un bateau tout-électrique aux lignes épurées, assurant que les coûts en énergie sont jusqu'à 10 fois moins élevés.

Selon Konrad Bergtröm, les moteurs électriques nécessitent beaucoup moins d'entretien. Le marché des bateaux tout électriques ou hybrides devrait croître rapidement sous la pression des mesures de restriction à venir, notamment en matière d'émissions d'oxydes de soufre (SOx), d'oxydes d'azote (NOx) et de gaz à effet de serre.

Source: Bilan.ch